Une parenthèse au cœur du domaine de la Gaudinière
La volonté d'une mère
L'héritage du château et du domaine de La Gaudinière est lié à la famille de La Rochefoucauld-Doudeauville au XIXe siècle, marquant l'histoire locale de La Ville-aux-Clercs.
Le vicomte Augustin Marie Mathieu Stanislas de la Rochefoucauld duc de Doudeauville reçoit en héritage le domaine de la Gaudinière, un immense domaine de chasse, de son grand-père maternel, le duc de Luynes. Le domaine dépendait à l'origine du château de Fort Girard, dont il fit démolir une grande partie vers 1856 pour valoriser sa nouvelle propriété, ne préservant que le portail Renaissance.
Il y fait bâtir entre 1863 et 1897 un château qui dominera la propriété de 4,7ha dont 3,1 de forêt et dont la splendeur sera mainte fois décrit ; son château se devait d’être le plus somptueux de la région et au delà. Dans l'esprit du Vicomte il n'était pas acceptable qu'il ne surpassât pas en magnificence celui de Chambord, et cette mission fut confiée à un architecte du Nord de la France, Eugène Landron.
Mais en 1875, son fils aîné Charles-Marie-Mathieu-Sosthène, âgé de 20 ans, décède à Provins des suites d’une affection pulmonaire. Son frère, Auguste-François-Marie-Mathieu-Stanislas, âgé de 18 ans, décède de la même maladie en 1881. Désormais sans descendance, la Duchesse, sa femme, décide de l’érection d’un mausolée sur le domaine de la Gaudinière dans le style architectural du château de la Gaudinière.
Elle nommera le site La Grande Borne.

“Pour perpétuer le souvenir de nos deux chers fils et faire, à l’ombre de leurs tombeaux un peu du bien qu’ils auraient pu faire, s’ils avaient vécu, nous voulons mon mari et moi qu’un asile de vieillards soit fondé sur le domaine de la Gaudinière. Cet asile remplacera, mais dans des proportions plus grandes, le petit hospice qui existe actuellement à Fontaine Raoult. Il portera le nom d’asile La Rochefoucauld Doudeauville. Il sera bâti sur la partie du domaine appelée La Grande Borne, à côté de la Chapelle qui abritera les tombes de nos enfants et où nous reposerons nous-mêmes un jour”
Le château fut ensuite acheté au début des années 1920, par un riche commerçant arménien new-yorkais, qui voulait y organiser un centre d'accueil pour les orphelins d'Arménie.
Le hasard fit que ce château fut choisi, et transformé pour accueillir une centaine d'enfants. Après de longs et coûteux travaux d'aménagement, le centre fonctionnait en bonne harmonie avec les alentours, dont le village de la Ville aux Clercs. Le domaine créait ses propres ressources et fournissait même un métier aux adolescents hébergés. Le château connut plusieurs alertes au feu, à la fin des années 1920.
Le samedi 17 novembre 1934, vers 9h30, un employé du domaine aperçut une fumée se dégageant du toit coté nord-est. Les pompiers des villes avoisinantes se dépêchèrent sur les lieux. Ils ne purent contenir l'incendie, mais beaucoup de meubles, et d'objets furent sauvés du sinistre. L'enquête conclut à un court circuit dans les combles. Les pensionnaires furent logés dans les communs réaménagés, mais leur situation ne pouvait durer de la sorte. Le mécène new-yorkais, après deux années d'études et de réflexions, préféra reporter son efforts vers les communautés arméniennes en Grèce, et plus récemment en 1991 en Syrie et au Liban.
Le domaine fut alors vendu pour quelques milliers de Francs entre les années 1937 et 1938. C'est une société, filiale des "Mines de Lens " dans le nord de la France qui acheta l'ensemble du domaine pour le reboiser, afin de s'approvisionner en poteaux de mines. Les ruines furent alors démolies, dispersées, voire pillées.
La Grande Borne quant à elle, fut tenue par des religieuses jusqu'en 1988. L'association ANAÏS d'Alençon a ensuite repris la succession dans le même esprit qu'auparavant. Les six sœurs ont été remplacées par du personnel de la commune et de ses environs.
La maison de retraite comptait 44 pensionnaires encadrés par une quinzaine de personnes. L'établissement a fermé ses portes en 2019, et l'ensemble des locaux a été mis en vente.
C’est ainsi que nous vous accueillons aujourd’hui en ce lieu qui a traversé 130 ans d’histoire.